Ce 21 juin, au parc des Colombiers, les tables se couvrent d’amuse-bouche tandis que les bouteilles s’ouvrent dans des éclats de rire. Dans l’air, flotte le parfum alléchant d’une grande paella festive. Au milieu des bénévoles des Épicuriens, Jean-Paul veille attentivement à ce que personne ne manque de rien, avec cette générosité et cette énergie communicative qui font l’unanimité. Lors de ce pique-nique annuel de l’association, une évidence s’impose : pour son président, la cuisine est avant tout une affaire de partage.
La gourmandise en héritage
Chez lui, le goût des bonnes choses remonte à l’enfance. Ce natif de Marseille est issu d’une lignée d’artisans des métiers de bouche : une mère cuisinière, un grand-père boulanger, un autre vigneron. Des grandes tablées familiales, il garde des souvenirs émus, comme la poularde aux morilles de sa mère, à la saveur inégalable.
Très tôt, il sait qu’il sera cuisinier. Après l’école hôtelière de Nice, Jean-Paul passe par plusieurs grandes maisons : le Carlton à Cannes, le Negresco à Nice ou encore le Mas Candille à Mougins, dirigé par Olivier Bergman. « C’était un personnage, raconte-t-il. Polytechnicien, fils d’un ministre de Léon Blum, il s’était lié d’amitié avec notre ancien maire Georges Kouyoumdjian qui, comme lui, avait été déporté. »
Tombé amoureux de la vallée de la Guisane, Bergman ouvre Le Clos à Chantemerle et propose à Jean-Paul de le rejoindre. Le jeune chef tombe lui aussi sous le charme de la vallée, puis de Maryse, rencontrée en 1968. Leur fille Myriam naît peu après. « Quand j’ai fondé ma famille, je n’ai plus voulu trop bouger », confie-t-il. Après la fermeture du Clos dans les années 1980, il devient gestionnaire de cuisine de deux établissements de la station climatique jusqu’à sa retraite, à 55 ans.
Le goût du partage
En 2012, naît l’idée de transmettre sa passion grâce à des ateliers culinaires. D’abord intégrés à une association culturelle, ils prennent leur envol en 2018 avec la création des Épicuriens. Aujourd’hui, l’association réunit 110 adhérents. Douze fois par an, huit participants se retrouvent à la salle de la Pompe au Villard Laté pour mitonner un dîner gastronomique. Jean-Paul fournit recettes et ingrédients, parfois cueillis dans son jardin. Et le soir venu, chacun invite un convive à savourer le festin.
Mais l’association ne se limite plus à la cuisine : ateliers œnologiques, randonnées, voyages et actions pour le Téléthon rythment désormais le calendrier. Sans oublier le Salon des vins qui, pour sa 7e édition, a attiré plus de 1 000 visiteurs, contribuant ainsi au financement de l’association, en complément de la subvention et des aides communales.
A travers toutes ces activités, les Épicuriens cultivent avant tout le lien social. « La cuisine est un prétexte. Ce qui compte, c’est d’être ensemble », résume Jean-Paul. À 77 ans, il songe à passer la main, mais continue, avec la même passion, à régaler les adhérents de ses talents culinaires et de son goût des bons moments partagés.

Jean-Paul GERVAIS

